Expatriation

Premier épisode : les permis et le choix frontalier / résident

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Les permis / livrets de travail et/ou résidence

Je vais tous les évoquer mais je vais surtout m’attarder sur les principaux car vous allez le voir, certains permis sont très spécifiques et ne concerneront donc que très peu de personnes.

Tout d’abord, ce qu’on appelle permis est en réalité désigné par le terme livret. Il en existe 8 principaux.

La Suisse fait partie de l’espace Schengen depuis le 12 décembre 2008. Les démarches sont différentes pour les ressortissants de l’UE / AELE (Association Européenne de Libre Echange, qui comprend les pays suivants : Suisse – Royaume-Uni – Norvège – Suède – Autriche – Danemark – Portugal) et ceux de pays considérés comme tiers comme le Canada ou l’Australie par exemple.

Les livrets les plus rares

Livret N

Il concerne les personnes qui ont fait une demande d’asile en Suisse et qui font l’objet d’une procédure d’asile. Durant cette période, elles ont en principe un droit de résidence et peuvent, sous certaines conditions, exercer une activité lucrative.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site du Secrétariat d’État aux Migrations (SEM).

Le livret F

Encore un permis assez rare, il concerne les étrangers admis provisoirement. ll s’agit de personnes qui font l’objet d’une décision de renvoi de Suisse mais pour lesquelles l’exécution du renvoi se révèlerait soit illicite (par exemple parce qu’il entrainerait une violation du droit international public), soit inexigible (en raison de la mise en danger concrète de la personne) ou encore matériellement impossible (pour des motifs techniques d’exécution). L’admission provisoire, qui dure en principe 12 mois, constitue donc une mesure de substitution. Je ne m’attarderai pas d’avantage sur ce permis.

Là encore, le site du SEM vous donnera plus d’informations.

Le livret S

C’est un permis qui concerne les personnes à protéger et qui autorise leur séjour provisoire en Suisse, mais ne leur permet ni de franchir la frontière ni de revenir en Suisse. 

Vous trouverez plus d’informations sur le site du SEM.

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Photo par Nextvoyage sur Pexels.com

Les livrets les plus courants

Le livret G

Le permis G concerne les travailleurs frontaliers. Il y a quelques spécificités selon que vous soyez ressortissants de l’UE / AELE ou non.

Qu’est-ce qu’on entend par frontaliers ?

Pour les ressortissants d’états tiers, les frontaliers sont des étrangers qui sont domiciliés dans la zone frontalière étrangère et qui travaillent dans la zone frontalière suisse. Par zones frontalières, on entend les régions déterminées dans les accords frontaliers conclus avec les pays voisins. Les frontaliers doivent retourner au moins une fois par semaine à leur domicile principal.

Pour les ressortissants de l’UE / AELE, les frontaliers comprennent les ressortissants UE/AELE qui séjournent sur le territoire d’un Etat UE/AELE et prennent un emploi en Suisse (salarié) ou y établissent leur entreprise (indépendant) tout en retournant au moins une fois par semaine à leur domicile principal à l’étranger.

Les critères pour les ressortissants d’états tiers :

  • Il faut disposer d’un droit de séjour durable dans un des pays voisins de la Suisse.
  • Il faut avoir sa résidence depuis 6 mois au moins dans la zone frontalière voisine.
  • L’autorisation est en principe valable 1 an et n’est valable que pour la zone frontalière du canton qui a délivré l’autorisation.
  • L’étranger aura besoin d’une autorisation pour changer d’emploi ou de profession.

Rendez-vous sur le site du SEM pour plus de détails.

Les critères pour les ressortissants de l’UE / AELE :

Les accords entre la Suisse et l’UE / AELE permettent aux frontaliers de ces pays de bénéficier de la libre circulation et d’avoir donc une mobilité professionnelle et géographique sur tout le territoire suisse.

Point important, les zones frontalières ont été supprimées. Qu’est-ce que ça signifie concrètement ? Tout simplement qu’on peut résider dans n’importe quelle région de l’UE / AELE et travailler en Suisse. La condition sine qua non pour bénéficier du statut de frontalier est de rentrer au moins une fois par semaine à son domicile principal à l’étranger.

Le livret G a une durée de validité de 5 ans sous réserve de l’existence d’un contrat de travail à durée indéterminée ou d’une durée de plus d’un an. Si le contrat couvre une période inférieure à 1 an mais supérieure à 3 mois, dans ce cas la durée de validité du permis sera identique à celle du contrat de travail.

Sachez que pour les activités lucratives d’une durée maximale de trois mois par année civile ne sont pas soumises à autorisation mais à la «procédure d’annonce».

Depuis le 1er janvier 2017, l’admission de ressortissants croates se base sur l’accord sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’UE. Les ressortissants croates reçoivent une autorisation frontalière G UE/AELE s’ils remplissent les dispositions transitoires spécifiques (zones frontalières et restrictions relatives au marché du travail).  

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Photo par Robert Stokoe sur Pexels.com

Passons maintenant aux autorisations de séjour et d’établissement, c’est-à-dire, au permis qui vous permettent de résider en Suisse. 

Le livret L

Les titulaires d’une autorisation de séjour de courte durée sont des étrangers qui séjournent temporairement en Suisse dans un but précis, en règle générale pour une durée de moins d’un an, exerçant ou non une activité lucrative.

Les critères d’obtention sont identiques pour les ressortissants d’états tiers ou ceux de l’UE / AELE. La différence réside dans le format de l’autorisation. Les ressortissants d’états tiers ayant des cartes de séjour biométriques.

En clair, sur présentation d’un contrat de travail d’une durée de trois mois à une année, les ressortissants de l’UE /AELE ont droit à une telle autorisation. Comme pour les permis G, les rapports de travail d’une durée inférieure à trois mois au cours de l’année civile ne sont pas soumis à autorisation mais à la «procédure d’annonce». Pour les ressortissants d’états tiers,

Points importants :

  • La durée de validité de l’autorisation est déterminée par celle du contrat de travail. Cette autorisation peut être prolongée jusqu’à douze mois au total.
  • Tous les ressortissants UE/AELE à la recherche d’un emploi peuvent prétendre à l’octroi d’une autorisation L UE/AELE, laquelle ne donne aucun droit aux prestations d’une assurance sociale.

Pour les ressortissants croates, quelques spécificités s’appliquent. Depuis le 1er janvier 2017, l’admission de ressortissants croates se base sur le Protocole III à l’accord sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’UE. Ils reçoivent une autorisation de courte durée pour exercer une activité lucrative s’ils remplissent les dispositions transitoires spécifiques (quotas et respect de la priorité des travailleurs indigènes ainsi que des conditions de salaire et de travail). Les ressortissants croates ne peuvent pas recourir à la procédure d’annonce pour les prises d’emploi en Suisse et doivent toujours posséder une autorisation (indépendamment de la durée du contrat de travail).

Pour plus d’informations sur le livret L, rendez-vous sur le site du SEM. Pour les ressortissants d’états tiers, c’est la page sur la carte de séjour biométrique qui doit être consultée, voir ici.

Le livret B

Le livret B est une autorisation de séjour. Les titulaires d’une autorisation de séjour sont des étrangers, exerçant ou non une activité lucrative, qui séjournent durablement en Suisse dans un but précis.

Pour les ressortissants des Etats tiers

L’autorisation de séjour ne dépasse en général pas une année la première fois. De plus, les autorisations initiales en vue de l’exercice d’une activité lucrative ne peuvent être accordées que dans les limites des quotas. Le nombre maximum d’autorisations est fixé chaque année.

Normalement, ces autorisations sont renouvelées d’année en année, pour autant qu’aucun motif ne s’y oppose. Pour information, ces motifs peuvent être des infractions, une dépendance de l’aide sociale ou encore la conjoncture sur le marché du travail.

Pour ce qui est du droit à la prolongation de l’autorisation de séjour à l’année, elle n’existe que dans certains cas, je vous invite à voir directement avec les autorités cantonales.

Les ressortissants des Etats membres de l’UE / AELE

La différence principale est la durée de validité, qui sera ici de cinq ans.

Comme pour les ressortissants d’états tiers, le livret B est octroyé aux personnes qui peuvent prouver qu’elles ont été engagées pour une durée indéterminée ou pour une durée déterminée d’au moins un an.

L’autorisation de séjour est prolongée de cinq ans si l’étranger remplit les conditions requises. Cependant, la première prolongation peut être limitée à un an si la personne se trouve dans une situation de chômage involontaire durant plus de douze mois consécutifs.

Pour ceux qui n’exercent pas d’activité lucrative, ils ont droit à une autorisation de type B UE/AELE destinée aux personnes non actives, à condition qu’ils puissent prouver qu’ils disposent de moyens financiers suffisants et d’une assurance maladie et accidents couvrant tous les risques. Un point très important car les frais médicaux ici sont extrêmement élevés.

Là encore, quelques spécificités existent pour les croates. Depuis le 1er janvier 2017, l’admission de ressortissants croates se base sur le Protocole III à l’accord sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’UE. Les ressortissants croates reçoivent une autorisation de séjour B UE/AELE pour l’exercice d’une activité lucrative s’ils remplissent les dispositions transitoires spécifiques (quotas et respect de la priorité des travailleurs indigènes ainsi que des conditions de salaire et de travail).

Pour plus d’informations sur le livret B, rendez-vous sur le site du SEM. Pour les ressortissants d’états tiers, c’est la page sur la carte de séjour biométrique qui doit être consultée, voir ici.

Le livret C

Le livret C est une autorisation d’établissement.

Contrairement aux permis précédent, il n’est pas possible de l’obtenir dès son arrivée en Suisse !

Les étrangers titulaires d’une autorisation d’établissement obtiennent une telle autorisation après un séjour de cinq ou dix ans en Suisse. Par contre, ici le droit au séjour est de durée indéterminée et surtout, il n’est assorti d’aucune condition. L’Office fédéral des migrations fixe la date à partir de laquelle l’autorité cantonale compétente peut délivrer l’autorisation d’établissement. 

Pour les ressortissants des Etats tiers

Ils peuvent en principe obtenir un livret C après dix ans de séjour régulier et ininterrompu. Attention ! Les citoyens des Etats-Unis sont soumis à une réglementation spéciale. L’étranger qui possède une autorisation d’établissement n’est plus soumis à l’OLE (l’Ordonnance limitant le nombre des étrangers) et peut choisir librement son employeur.

Point important, comme pour les citoyens suisses, l’impôt ne sera plus perçu à la source !

Pour les ressortissants de l’UE/AELE

Ici c’est un peu différent des autres permis car des conditions s’appliquent selon que l’on soit ressortissant de tel ou tel pays de l’UE/AELE. En effet, il s’agit ici d’une autorisation d’établissement et l’octroi d’une telle autorisation est régi par les dispositions de la LEI (la Loi fédérale sur les étrangers et l’intégration) et par les accords d’établissement, l’accord sur la libre circulation ne prévoyant pas de réglementation en la matière.

Concrètement la Suisse catégorise les pays de l’UE en différents groupes. Ici, nous allons distinguer ceux qui sont ressortissants de l’UE-17/AELE et les autres. C’est même un peu plus complexe que ça car vous allez le voir, Chypre et Malte ont aussi des conditions spéciales.

AllemagneEspagneIslandeNorvège
Autriche  Finlande  Italie  Pay-Bas  
Belgique  France  Liechtenstein  Portugal  
Chypre  Grèce  Luxembourg  Royaume-Uni  
Danemark  Irlande  Malte  Suède  
UE-17/AELE

En clair, en vertu d’accords d’établissement et du principe de réciprocité, les ressortissants UE-17/AELE (hormis Malte et Chypre) obtiennent une autorisation d’établissement après un séjour régulier et ininterrompu de cinq ans en Suisse. Il n’existe pas de tels accords pour Chypre, Malte, les Etats de l’UE-8, la Bulgarie, la Roumanie et la Croatie.

Pour information, l’UE-8 :

Hongrie  Lituanie  République tchèque  Slovénie  
EstonieLettoniePologneSlovaquie
UE-8

Pour les ressortissants des autres pays de l’UE, dans ce cas il faudra vous tourner vers le SEM ou vers l’autorité cantonale compétente selon votre lieu de résidence.

Je vous renvoie vers le site du SEM pour plus d’informations selon que vous soyez ressortissant de l’UE ou ressortissant d’un état tiers.

Livret Ci

L’autorisation de séjour Ci avec activité lucrative est destinée aux membres de la famille de fonctionnaires des organisations intergouvernementales ou de membres des représentations étrangères. Il s’agit exclusivement des conjoints et des enfants jusqu’à l’âge de 25 ans. La validité est limitée à la durée de la fonction du titulaire principal.

Premier point intéressant, depuis novembre 2019, les titres de séjour prennent un nouveau format, celui d’une carte de crédit sans puce. Ce format sera progressivement distribué par les cantons jusqu’à son introduction générale en juillet 2021. Ce titre de séjour est remis à tout ressortissant d’un pays membre de l’Union européenne (UE) ou de l’Association européenne de libre-échange (AELE). Il est également délivré aux ressortissants d’États tiers qui possèdent une autorisation frontalière (catégorie d’étrangers G) ainsi qu’aux conjoints exerçant une activité lucrative ou aux enfants des personnes membres de représentations étrangères ou d’organisations internationales gouvernementales (catégorie d’étrangers Ci). Les premiers à délivrer les nouveaux titres de séjour seront Genève (L), Schwyz (tous), Saint-Gall (G), la Thurgovie (tous) et la ville de Berne (C, Ci).

La Procédure d’annonce

Cette procédure est liée à la présence de la Suisse au sein de l’Espace Schengen. En effet, la loi sur la libre circulation des personnes permet aux citoyens de l’UE de réaliser des prestations de services transfrontalières jusqu’à 90 jours de travail effectifs par année civile (pour travailleurs détachés et prestataires de services indépendants). Une telle activité lucrative est seulement sujette à une obligation d’annonce. En cas de détachement, la durée d’activité maximale de 90 jours de travail s’applique à l’entreprise de détachement et à l’employé détaché.

C’est une procédure qui doit être menée par l’employeur ou le professionnel indépendant. Tout se fait en ligne mais exceptionnellement, il est possible de le faire par courrier postal.

Rendez-vous sur le site du SEM, qui vous orientera selon votre Canton d’emploi.

                                                                                                          Qu’est-ce que le projet Papyrus ?

Il s’agit d’un projet initié par le canton de Genève en février 2017. L’opération Papyrus vise à régulariser des travailleurs sans-papiers bien intégrés et résidant depuis plusieurs années dans le canton.

Plusieurs critères s’appliquent :

  • Une durée de séjour de 10 ans pour les célibataires, les couples sans enfants et les couples avec très jeunes enfants non-scolarisés.
  • Une durée de séjour de 5 ans pour les familles avec enfants scolarisés.
  • Une indépendance financière (pas d’aide sociale).
  • Un respect de l’ordre juridique.
  • Une bonne intégration (notamment connaissance du français niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues).

Pour plus d’informations, je vous renvoie à nouveau vers le site du SEM.

Vivre en France ou vivre en Suisse ?

Clairement, compte tenu du prix très élevé du logement en Suisse, on peut être tenté de vivre en France. C’est une question très importante qu’il faut impérativement étudier attentivement avant de prendre une décision ! Je ne vais parler ici que pour ceux qui travaillent sur l’arc lémanique à savoir, Genève, Lausanne ou encore Montreux. 

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La France voisine

Le Canton de Genève est entouré par la France, au nord et à l’ouest, il y a l’Ain, au sud et à l’est la Haute-Savoie. Nous avons visité les 3 zones les plus proches de Genève.

  • L’Ain : les villes les plus proches sont Ferney-Voltaire, Prévessin-Moens ou encore Saint-Genis-Pouilly. Collées à la frontière, elles bénéficient de liaisons assez rapides avec les transports en commun. Comme elles sont très proches, il est aussi possible de prendre son vélo pour rejoindre Genève.
  • La Haute-Savoie, côté est : les villes frontalières les plus importantes sont Douvaine ou encore Chens-sur-Léman. Les plus courageux iront jusqu’à Thonon ou Evian.
  • La Haute-Savoie, côté sud : parmi les villes les plus plébiscitées par les frontaliers : Annemasse, Gaillard, Ambilly ou encore Saint-Julien-en-Genevois. Les plus téméraires iront à Annecy.

Selon votre lieu de travail, telle ou telle région sera plus indiquée. Je vais d’abord évoquer mon expérience personnelle puis revenir en détails sur les pour et les contre de chacune des régions selon votre lieu de travail.

Mon expérience personnelle

Nous sommes arrivés dans la région en septembre 2015. À l’époque, nous habitions à Luxembourg ville et étions donc déjà habitués à payer un loyer plutôt élevé. Ceci dit, je me souviens encore de notre première escapade à Genève. Nous avions décidé de venir quelques jours dans la région pour visiter des appartements, en espérant évidemment en trouver un qui nous convienne pour un prix raisonnable. À l’époque, on s’était fixé un budget maximum de 1500 francs. Mais nous avons vite déchanté en découvrant les annonces immobilières. D’une part le prix était beaucoup plus élevé mais en plus, nous avons réalisé qu’il nous serait difficile de constituer un dossier complet.

En effet, en Suisse les pièces suivantes sont indispensables (la recherche d’appartement à Genève fera l’objet d’un podcast entier, nous y reviendrons donc en détails) :

  • Un permis de résidence ;
  • Un contrat de travail ;
  • Un extrait du registre des poursuites, qui est l’équivalent pour les français d’une attestation de la Banque de France indiquant que vous n’avez jamais été un mauvais payeur.

Nous avions un contrat de travail mais uniquement pour moi, pas encore de permis et nous ne savions pas ni ce qu’était, ni où obtenir un extrait de l’office des poursuites donc nous ne l’avions pas.

Nous avions décidé de faire un petit effort sur le budget et avions donc tout de même visité trois appartements, afin de voir un peu plus précisément ce que nous pourrions avoir pour un budget inférieur à 2000 CHF par mois. A ce prix là, pas de deuxième chambre, peu de chance aussi d’avoir une place de parking incluse, et la surface était assez petite.

Nous logions dans un hôtel à Annemasse et avons donc profité de l’occasion pour aller toquer aux portes des agences immobilières de la ville. Evidemment, pour un budget avoisinant les 1500€ (à l’époque le franc suisse et l’euro était en plus quasiment à 1 pour 1), nous avions quelque chose de très différent. Généralement, on nous proposait des appartements de 2 chambres, avec une terrasse et un parking. Clairement, ça nous laissait songeurs, ne valait-il pas le coup de tenter de vivre à la frontière ?

Nous avions déjà été frontaliers lorsque nous étions au Luxembourg et ça nous semblait tout à fait jouable que d’être frontaliers ici. On avait déjà connu les désagréments des bouchons, les trajets maison / boulot à rallonge, etc. On était rodés à l’exercice et on était prêts.

Seul un des appartements visité à Genève était bien, mais nous étions alors au milieu d’une visite groupée, ce que nous n’avions jamais expérimenté auparavant. Nous avions pris les renseignements pour obtenir l’extrait des poursuites et constitué à la hâte notre dossier pour l’envoyer à la régie (équivalent d’une agence immobilière). Bien entendu de meilleurs dossiers s’étaient présentés et nous n’avons jamais eu l’appartement.

C’est pour toutes ces raisons que nous avons décidé de louer un appartement en France dans un premier temps, quitte à déménager peu de temps après.

Nous sommes donc retournés dans la région (je vous épargne mes commentaires sur la difficulté de gérer une recherche d’appartements depuis Luxembourg) et avons visité cette fois-ci en France, plusieurs appartements.

Nous avons testé les trois zones et avons finalement opté pour Gex. Je me souviens qu’à l’époque nous avions rencontré un agent immobilier qui nous avait demandé si on travaillait sur Nyon. Quand on lui avait dit qu’on travaillait à Genève, il avait été assez surpris et nous avait dit que pour lui Gex était trop loin. Sur le papier, Gex est à 20km de Genève, ça semble donc faisable. Le village est mignon et nous y avons rapidement trouvé un joli appartement de 80m2 avec 3 chambres et 2 places de parking, le tout pour un peu moins de 1500€.

Nous avons tenu 1 an avant d’envisager d’abord de rentrer au Luxembourg, puis finalement de tenter l’aventure côté suisse.

Nous avons ensuite déménagé aux Eaux-Vives dans un tout petit appartement extrêmement bruyant loué à un prix exhorbitant. Nous avons supporté les nuisances 6 mois avant de déménager dans le quartier de la Servette, sur l’autre rive, dans un très joli duplex dans lequel nous sommes restés 3 ans avant de déménager hors de Genève, à Chêne-Bougeries, dans un quartier plus résidentiel, idéal pour accueillir notre premier enfant.

Quand on travaille…

…à Genève

C’est là où le plus de possibilités s’offrent à vous selon moi en matière de vie en France voisine car le canton est littéralement une enclave suisse en France. Cependant, il faut bien prendre en considération le lieu de votre travail. Est-il rive droite ou rive gauche ? Le détail semble minime mais devoir traverser la ville est compliqué, très compliqué. Un projet de tunnel / de pont a bien été accepté il y a plus de 20 ans mais rien n’a jamais été fait et les possibilités pour traverser Genève et rejoindre l’autre rive sont donc limitées. Devoir traverser le Pont du Mont-Blanc est un point à prendre en considération car aux heures de pointe, ça tourne vite au cauchemar.

Conseil n°1 : Privilégiez la région frontalière la plus proche possible de votre lieu de travail. Ne faites pas la même erreur que nous, 20km ici c’est beaucoup et à long terme franchement c’est vite beaucoup trop ! Certains y arrivent bien sûr mais l’impact sur la qualité de vie est important, il faut être prêts pour une heure de trajet aller et une heure de trajet retour minimum chaque jour. Certes c’est évident, plus on est loin, plus on accède à des logements magnifiques, mais 2h de trajet par jour c’est 10h par semaine. C’est plus d’une journée de travail en plus juste pour les transports. Si possible, évitez à tout prix de devoir passer d’une rive à l’autre.

Conseil n°2 : Ne surestimez pas les transports publics si vous êtes loin de la frontière. C’est ce qu’on a fait pour Gex. Le bus F reliait la gare Cornavin au centre de Genève à un arrêt juste en bas de notre immeuble. Super. Sur le papier. Parce qu’en réalité le trajet prend pas loin de 2h avec les bouchons au lieu de l’heure annoncée… De plus, clairement la fréquence de ces bus n’a rien à voir avec celle des lignes qui circulent en ville.

Conseil n°3 : Si possible, optez pour un autre mode de transport que la voiture. Le vélo, la trottinette, la course à pieds,… Pour tout ça, la voie verte va jusqu’en France, il y a pas mal de pistes cyclables qui relient Genève au Grand Genève comme on l’appelle ici. Le train est aussi une belle option, surtout depuis la mise en route du Léman Express, qui relie la gare d’Annemasse à la gare Cornavin en 30 minutes et la gare de Thonon à la gare Cornavin en 1h. Le train a l’avantage de vous permettre de faire autre chose que de râler sur les autres véhicules coincés avec vous dans un bouchon interminable, c’est à prendre en considération !

Conseil n°4 : Si vous venez en voiture et n’avez pas de parking au travail, optez pour le P+R (Park & Ride). Votre abonnement coûtera entre 120 et 150 CHF et vous pourrez stationner tous les jours de semaine et prendre les transports en commun pour rejoindre votre lieu de travail. Je vous invite à vous renseigner sur le site de la Fondation des parkings.

Conseil n°5 : Sachez qu’il existe des variantes à l’abonnement P+R :

  • Le P+B : Avec cet abonnement, vous disposez d’une place de parc pour votre voiture et votre vélo (sans transports publics).
  • Le P+R+B : En plus de l’abonnement P+R (place de parc et libre circulation en transport public dans le canton de Genève), vous disposez d’une place de parc pour votre vélo.
  • Le covoiturage : Le principe du covoiturage est de regrouper des pendulaires faisant le même trajet quotidiennement dans un seul véhicule. La Fondation propose des abonnements avec covoiturage dans tous les P+R qu’elle gère.
  • L’unireso pro : Si vous disposez déjà d’un abonnement annuel unireso, vous pouvez obtenir un abonnement, uniquement annuel, pour le parcage seul, dans le P+R choisi. Les critères pour l’obtention de l’abonnement restent identiques aux critères P+R. Lors de l’inscription, il est obligatoire de fournir une copie recto/verso de la carte unireso Pro ou de la quittance de l’abonnement pris avec SwissPass.
  • L’abonnement public : uniquement pour une place de parking. Les abonnements dits “publics” sont accessibles sans condition particulière.
  • L’abonnement moto : assez transparent comme nom 😉

Une fois tous ces points pris en compte, faisons le bilan du positif / négatif.

Les points positifs :

  • Vous pourrez vous offrir plus grand pour moins cher
  • Vous pourrez devenir propriétaire beaucoup plus facilement
  • Si vous êtes français, alors vous resterez dans un environnement familier pour ce qui est des produits de la vie courante (je parle ici des courses)
  • Vous vivrez en Union européenne, avec tous les avantages que ça comporte. Pour les fans du shopping ceci est un point important 😀

Les points négatifs (oui il y en a) :

  • Vous vivrez souvent dans un village un peu dortoir il faut se l’avouer
  • Vous payerez tout en euros MAIS votre salaire sera en CHF, avec les fluctuations des taux de change qui apportent opportunité… et coûts importants.
  • Vous serez écarté de certains emplois / la résidence en France pourra être refusée par votre employeur. C’est un point important. Pour certains métiers, notamment dans le domaine de la finance, une résidence en Suisse est exigée. Vous ne me croyez pas ? Je vous invite à parcourir les annonces, vous verrez souvent qu’un permis B ou C est demandé. Parfois même la nationalité Suisse est exigée.
  • Vous passerez beaucoup de temps dans les transports. Je le mets pour bien attirer votre attention sur le temps de trajet mais ce point est un faux négatif, vous pouvez vivre en Suisse mais hors de Genève et faire face au même problème.

…à Lausanne

C’est à peu près la même chose que pour Genève à la différence près que le choix des zones frontalières sera un peu différent. Pour les zones autour de Genève, vous devrez emprunter l’horrible autoroute entre Genève et Lausanne. Une route qui comporte de multiples radars et qui est toujours bouchée aux heures de pointes. On dit souvent que la question n’est pas “Y-aura-t-il un accident aujourd’hui sur la route” mais plutôt “quand aura lieu l’accident ? Avant ou après mon passage ?”. Une triste réalité !

Bon à savoir : si vous êtes sur Evian ou Thonon, vous pouvez prendre le bateau pour aller à Lausanne et ça, c’est quand même sympa. Cependant, les jours de mauvais temps la traversée sera difficile voire impossible.

Conseil : Contrairement à ce qu’on croit, résider vers Saint-Gingolph ne rendra pas forcément le trajet plus court car depuis Saint-Julien-en Genevois, par exemple, le trajet hors bouchon jusqu’à la gare de Lausanne prend 1h, il prendra 50 minutes depuis Saint-Gingolph. Il conviendra donc de voir ce que vous préférez entre une petite ville en bord de lac et une ville un poil plus loin qui offrira quand même plus de commodités. L’Ain est aussi une bonne option car vous êtes sur la bonne rive.

Personnellement, j’ai fait la route depuis Gex et depuis Genève. Le temps de trajet était identique.

Pour plus d’informations sur les offres de P+R à Lausanne, rendez-vous sur le site de la ville.

…à Nyon

C’est un peu un mix des deux. Là aussi une traversée en bateau est possible. L’idéal pour travailler à Nyon me semble de vivre dans l’Ain, vous êtes, objectivement, très proches ! Pour le coup Gex ou Divonne sont d’excellentes options car respectivement à 25 et 20 minutes de Nyon. L’accès rapide à l’autoroute depuis Saint-Julien-en-Genevois vous permet de faire le trajet en 35 minutes.

…à Vevey / Montreux

Là on est vraiment beaucoup à l’autre bout du lac et être dans la zone Saint-Julien-en-Genevois / Annemasse me semble un peu loin.

Pour Vevey, depuis Divonne, vous mettrez environ 1h (hors bouchons), depuis Evian, la même chose. L’idéal semble donc Saint-Gingolph, à 30 minutes (toujours hors bouchons).

Pour Montreux, les temps de trajet sont quasiment similaires.

Sachez que pour cet endroit, même vivre à Genève est difficile car le trajet en train est long et le trajet en voiture encore plus.

En bref

Il faudra vraiment considérer votre situation professionnelle. Si vous travaillez dans le domaine de la finance, méfiance. Il est possible que votre employeur actuel soit tolérant mais ça peut vous bloquer pour postuler à d’autres postes à l’avenir.

Le choix est vraiment à mettre en parallèle avec VOTRE situation personnelle et notamment avec vos objectifs en matière de vie professionnelle.

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