Maternité

Troisième épisode : comment se passe une grossesse en Suisse ?

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Je vous ai expliqué dans le dernier épisode le fonctionnement du système de santé en Suisse, aujourd’hui nous allons voir en détails comment est prise en charge la grossesse et comment se déroule également l’après grossesse. Quels congés existent ? De combien de temps sont-ils ? Quelle prise en charge pour le post-partum ?

La grossesse

La prise en charge par l’assurance de base

L’assurance de base couvre beaucoup de chose pour la grossesse. Notamment, à partir de la 13ème semaine de grossesse (ce paramètre peut potentiellement varier d’une société d’assurance à une autre) la franchise ne s’applique plus et vous êtes remboursée à 100% par la base. C’est très appréciable car on se sent vraiment en sécurité, on n’hésitera pas à consulter un spécialiste si besoin pour tout problème de santé.

Dans mon cas, l’assurance de base couvre :

  • 7 examens de contrôle avant l’accouchement réalisés soit par une sage-femme soit par un gynécologue
  • 2 échographies
  • Coûts d’examens complémentaires dans le cas d’une grossesse à risque diagnostiquée par le médecin traitant
  • 150 francs pour les cours en groupe de préparation à l’accouchement dispensés par une sage-femme
  • À l’accouchement, remboursement intégral des frais de séjour en division générale dans une chambre à plusieurs lits, dans un hôpital du canton de résidence
  • Coûts pour le nourrisson en bonne santé tant qu’il séjourne avec sa mère
  • 3 séances de conseil en allaitement auprès d’une sage-femme ou de personnel soignant spécialement formé à cet effet
  • 1 examen de contrôle entre la 6e et la 8e semaine suivant l’accouchement
  • D’autres examens complémentaires si nécessaire comme le DPNI, l’amniocentèse, etc.

Que couvre l’assurance complémentaire ?

Il n’existe pas de réponse unique mais autant de réponse que d’offres d’assurance complémentaire. Tout simplement parce que comme je vous l’expliquais dans l’épisode précédent, l’assurance complémentaire permet de modeler la couverture et d’en faire ce que vous souhaitez. Attention tout de fois car un délai de carence s’applique souvent pour ces assurances, il n’est donc en général pas possible de s’affilier une fois enceinte ou juste avant de tomber enceinte.

Pour ma part, je possède une assurance complémentaire qui me permet de séjourner en division privée au lieu de la division générale, de choisir le lieu de mon accouchement de manière libre et d’avoir accès à un certain nombre de professionnels de différents domaines de la médecine alternative (acupuncture, ostéopathie, etc.).

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Photo by Rene Asmussen on Pexels.com

Le congé maternité, le congé paternité et le congé parental en Suisse

Le congé maternité

En Suisse, tout varie d’un canton à l’autre. Le congé maternité minimum fixé par le gouvernement fédéral est de 14 semaines rémunérées à 80% du salaire avant accouchement. Dans le canton de Genève, le congé maternité est de 16 semaines.

Certains employeurs offrent un congé plus long ou offrent de rémunérer à 100% le congé maternité, c’est assez fréquent dans les grands groupes, c’est notamment le cas de mon employeur actuel. Pour ce qui est de rallonger le congé c’est plus rare mais ça existe. Mon précédent employeur offrait 10 semaines supplémentaires (mais pas rémunérées à 100%) ce qui portait le congé à 26 semaines.

Le congé maternité débute ici au moment de l’accouchement. Il peut sous certaines conditions débuter avant mais ça reste assez rare. Il est possible en revanche d’être en congé maladie ou d’avoir une réduction médicale de son temps de travail, si le médecin le juge nécessaire, avant d’accoucher.

Le congé paternité

Au jour d’aujourd’hui il n’existe pas de congé paternité inscrit dans la loi fédérale ou cantonale. Un projet de loi est en cours d’acceptation et devrait, on l’espère finir par déboucher sur un congé de 2 semaines pour les jeunes papas (initialement le projet était de 4 semaines mais il avait été retoqué). C’est peu, à mon sens beaucoup trop peu, mais c’est toujours mieux que 0 dirons-nous.

Là aussi la situation varie d’une entreprise à l’autre. Certaines ont pris les devants et mis en place 4 semaines de congés avant même que la loi ne soit votée, d’autres respectent scrupuleusement la loi et s’en tiennent à 0 jour. En général, ce que j’ai vu dans les grands groupes oscillait entre 2 et 10 jours. Espérons que les entreprises continueront à offrir davantage que ce qui est prescrit par la loi afin que les papas puissent eux aussi profiter de ces moments si précieux avec leur(s) nouveau(x) né(s).

Le congé parental

Vous l’aurez sûrement compris, s’il n’y a déjà pas vraiment de congé paternité clairement on est loin du congé parental ! On garde espoir mais si l’idée est défendue par certains partis politiques d’autres y sont farouchement opposé. Sachant que la question d’une loi offrant un congé paternité aura pris des années (et n’est toujours pas entrée en vigueur aujourd’hui, 23 septembre 2020), ce n’est pas pour demain !

La prise en charge du post-partum

L’assurance de base prend en charge 16 rendez-vous avec une sage-femme dans le cas d’un premier enfant, d’une naissance prématurée, d’une naissance multiple, ou d’une césarienne ; 10 visites pour toutes les autres situations. Le tout dans un délai de 56 jours après l’accouchement. S’ajoute également la possibilité de réaliser 3 consultations supplémentaires pendant toute la durée de l’allaitement. En général, cette dernière se déplace à votre domicile. Elle prend en charge la maman et le bébé. Une aide vraiment précieuse après le chamboulement de la naissance !

Si vous avez une assurance complémentaire qui le permet, vous pouvez aussi envisager de faire des séances d’ostéopathie, particulièrement indiquées selon le type d’accouchement (si par exemple bébé a eu les hanches un peu décalées) mais aussi au moment des coliques.

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Photo by Lisa Fotios on Pexels.com

Mon expérience

J’ai a d o r é être enceinte en Suisse. Ce n’est que mon avis personnel et ça n’engage bien évidemment que moi mais j’ai trouvé le suivi fantastique. Que ce soit pendant la grossesse avec le gynécologue, à la clinique lors de l’accouchement ou encore avec ma sage-femme pour le post-partum, tout a été merveilleux.

Le premier trimestre

Dès que j’ai fait un test de grossesse positif, j’ai eu rendez-vous avec mon gynécologue pour confirmer la présence d’un petit embryon. C’était très impressionnant car le coeur battait déjà, un moment inoubliable ! Nous étions alors à la 6ème semaine d’aménorrhée ou SA (c’est-à-dire, depuis les dernières règles) et à ce stade le risque de fausse couche étant élevé le médecin n’a pas souhaité lancer toutes les démarches de la grossesse et a préféré nous donner rendez-vous 3 semaines plus tard pour vérifier que l’évolution était normale. C’est lors de ce rendez-vous que j’ai eu une grosse prise de sang pour vérifier tout un tas de choses dont notamment la toxoplasmose. Ici en Suisse ce n’est pas une analyse qui est remboursée il faut le savoir, et je n’ai d’ailleurs pas eu de test régulier puisqu’il n’y a jamais eu d’autre examen que celui du tout début. Je n’avais jamais eu la toxoplasmose je n’étais donc pas immunisée et devais faire très attention à ce que je mangeais.

Point important, les premiers rendez-vous, qui n’avaient pas été notés comme liés à la grossesse ont été entièrement à ma charge (à 300 CHF la visite ça pique un peu !). Par contre dès que l’évolution positive de la grossesse a été confirmée et que les visites ont été catégorisées comme liées à la grossesse, alors je n’ai plus eu besoin de les payer c’est l’assurance qui s’en chargeait. Dans mon cas, ma franchise s’appliquait uniquement jusqu’à la 13e semaine d’aménorrhée.

Nous avons eu une échographie +/- toutes les 3 semaines lors du premier trimestre. C’est à 12 SA que j’ai eu un certificat de grossesse que j’ai pu transmettre à mon employeur et utilisé aussi pour faire la demande de place en crèche (j’y reviendrai dans un autre épisode).

Un examen très important a lieu à la fin du premier trimestre, celui de la détermination du risque d’anomalie chromosomique chez l’enfant à naître. Concrètement, on réalise entre la 11e et la 14e SA (dans notre cas à 12 SA) une échographie pour mesurer ce qu’on appelle la clarté nucale et une prise de sang pour mesurer la présence d’une hormone et d’une protéine bien spécifiques. Sans rentrer dans les détails, le test permet ensuite de vous donner un risque et si le risque est élevé, des examens complémentaires peuvent être proposés et peuvent également être pris en charge par l’assurance maladie. Précision très importante, ce test n’est en aucun cas obligatoire. Si vous ne souhaitez pas le faire, vous êtes absolument libre de le refuser.

Dans notre cas, le test a donné un risque très faible mais nous voulions un peu plus de certitude et avons donc demandé la réalisation d’un dépistage prénatal non-invasif (DPNI). Dans notre cas ce n’était pas pris en charge et ça nous a couté un peu plus de 500 CHF. Le DPNI permet également de connaître le sexe de l’enfant (en France je précise que le sexe n’est pas divulgué suite au DPNI alors que c’est le cas en Suisse – et de mémoire également en Belgique).

Deuxième trimestre

Ce trimestre a été rythmé par des échographies et contrôles chez le gynécologue tous les mois. Au 5e mois, nous avons eu une échographie très importante d’une durée de 30 minutes + 15 minutes d’explications qui a permis de vérifier tous les organes du bébé. C’est vraiment très impressionnant car vous voyez vraiment bien le bébé. Nous avons pu avoir quelques images en 3D et récupérer les clichés sous format électronique. Là encore, vraiment un moment incroyable.

C’est aussi à la toute fin du 2e trimestre que j’ai fait l’examen pour le dépistage du diabète gestationnel. On provoque une hyperglycémie par voie orale en vous faisant boire un liquide très sucré à jeun (au goût à mon avis assez ignoble) et on vous fait plusieurs prises de sang à intervalles réguliers. J’en garde un assez mauvais souvenir puisque j’ai fait un malaise vers la fin de l’examen… Là encore ce n’est pas obligatoire mais conseillé car vous pourrez ensuite adapter votre alimentation si besoin.

Troisième trimestre

Les échographies se sont concentrées à partir de ce moment là sur le col afin de s’assurer qu’il était bien fermé et sur le niveau de liquide amniotique, pour vérifier qu’il était suffisant. Le bébé étant très gros au troisième trimestre il n’est plus vraiment possible de le voir en entier à l’écran.

C’est aussi au 3e trimestre que nous avons fait les cours de préparation à l’accouchement, qui étaient en partie remboursés par la base.

L’accouchement

J’ai accouché en clinique privée, la prise en charge a été incroyable et nous avons pu profiter d’une chambre parental, c’est à dire que le papa avait un lit aussi et que nous avions pas mal d’espace. C’était parfait et vraiment je m’estime très chanceuse d’avoir pu accoucher dans ces conditions.

C’est mon médecin qui a réalisé l’accouchement, c’était un des avantages de l’accouchement en clinique.

Le post-partum

Je n’avais pas de sage-femme avant l’accouchement, la clinique a donc organisé un rendez-vous à la maison le lendemain de mon retour avec une sage-femme de l’Arcade des Sages-femmes de Genève. Elle nous a ensuite suivis pendant plusieurs semaines. Elle a été vraiment super, c’était là encore un suivi d’excellente qualité. Dans le contexte du COVID en plus c’était un peu particulier. Emma, si tu passes par là, MERCI !

Le gynécologue vous revoit avant la sortie de la maternité et il y a encore un rendez-vous environ 6 semaines après l’accouchement pour vérifier que tout est bien normal. Ce rendez-vous est remboursé.

Le pédiatre voit le bébé à la naissance puis de nouveau avant la sortie et plusieurs examens sont effectués, là encore tout ça est pris en charge.

Attention ! Il est indispensable d’assurer bébé avant l’accouchement ! Ce n’est pas obligatoire car vous avez un petit délai pour l’inscrire après la naissance mais vous risquez de ne pas être couverts s’il a quelques soucis de santé. De plus, il est possible que des examens soient demandés avant de l’affilier alors que dans le cas d’une assurance prénatal bien entendu bébé est couvert quoi qu’il arrive. Sachez également que pour accoucher en clinique, bébé doit aussi avoir une complémentaire hospitalière avec les mêmes modalités que la mère (semi-privé ou privé selon ce que vous avez choisi).

Mes conseils

  • Si possible et si vous souhaitez accoucher en clinique, renseignez-vous bien en amont pour prendre une assurance complémentaire. En général la grossesse n’est pas prise en charge la première année ou les 9 premiers mois donc c’est quelque chose qu’il faut vraiment prévoir.
  • Si vous accouchez en clinique, n’hésitez pas à VISITER les cliniques avant de faire votre choix et discutez-en avec votre gynécologue pour avoir son avis. Dans le Canton de Genève il y a trois maternités privées : l’Hôpital de la Tour, la Clinique Beaulieu et la Clinique des Grangettes.
  • N’hésitez pas à changer de gynécologue si vous n’êtes pas à l’aise avec le votre, c’est très important d’être en pleine confiance pendant cette période si spéciale !
  • Préparez-vous une liste de questions au fur et à mesure de la grossesse et posez-les sans vous limiter au gynécologue / à la sage-femme / à la clinique quand vous visitez selon le sujet.
  • Planifiez en avance votre congé maternité. Personnellement j’avais parlé de ma grossesse assez tôt pour que mon employeur puisse se préparer, ça permet de préserver la relation de confiance avec son employeur et dans mon cas c’était également plus simple pour pouvoir m’absenter pour les RDV médicaux par exemple. De plus, de cette façon j’avais également pu prévoir de conserver mes congés pour prendre à la suite de mon congé maternité et de prendre également plusieurs semaines de congé sans solde. Une réduction de mon taux d’emploi avait également été discutée en amont (je suis passée à 80%). Que vous souhaitiez ou non prolonger votre congé ou changer votre taux d’emploi, il me semble impératif d’en discuter en toute transparence avec votre employeur.
  • Enfin, sachez que le droit suisse protège les femmes enceintes, ayant accouché ou qui allaitent. La protection ne se limite pas seulement au plan économique, certains travaux sont considérés comme dangereux ou pénibles pour la femme enceinte et ne sont donc pas autorisés. Par exemple porter des charges lourdes ou travailler de nuit soit entre 20h et 6h (strictement interdit durant les 8 semaines précédant l’accouchement). Pour finir, il est possible pour une femme enceinte de s’absenter du travail, le salaire n’est en revanche pas obligatoirement payé dans ce cas. Je vous invite à consulter la fiche du Secrétariat d’Etat à l’Economie, très complète sur ce sujet.

Des questions ou des commentaires ? N’hésitez pas à me contacter !

Rendez-vous la semaine prochaine pour un nouvel épisode 🙂

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